I/O Gazette, 22 juillet 2017 | Je t'écris mon amour

Spéléologie du sexto

Rares sont les Tirésias qui se fraient un chemin éclairé (par le théâtre) dans la foule des questions dites « d’actualité »… Parmi elles, l’amour à l’heure de la révolution numérique affole sûrement le Top 5 au box-office – noir présage pour Emmanuel Darley dans « Je t’écris mon amour », qui prend le risque de morver le réel dans une bouillie à la mode. Mais c’est sans compter sa verve incroyablement contemporaine – au sens d’Agamben –, associée à la mise en scène aussi humble que généreuse de Jean de Pange (Cie Astrov), qui illumine le théâtre.

 

Deux personnages sur la scène, LUI (Jean de Pange) et ELLE (Céline Bodis), vont s’aimer à distance, du « Ça va ? » pseudo-innocent à la passion la plus déchaînée. Un troisième les réunit au lointain : c’est l’écran noir de la messagerie – on l’observe et il nous observe, affichant les conversations au rythme de leurs pulsations cardiaques. Peu importe le médium : jamais le nom d’un certain réseau social (Facebook), d’une certaine messagerie, d’un certain téléphone n’est évoqué. Oral et écrit s’entremêlent anonymement dans ce canal témoin de l’amour, qui cristallise en temps réel les mémoires d’une relation à venir. Transis de mots, les amants revivent alors leur histoire par la narration et la (re)découverte des messages échangés sur l’écran charbonneux aux lettres blanches.

 

Les corps aussi parlent : les regards fusent, les sourires couinent, les mains se frottent et les peaux s’échauffent. Dans un duo à la Podalydès/Jaoui, les deux acteurs éclatent avec brio la suture du désir et invitent le charnel au détour de la parole. Progressivement, le langage devient un prétexte à l’amour, celui des corps qui s’enlacent lors des retrouvailles ; avant que les amants ne se taisent finalement dans l’union de leurs souffles, au sein d’un happy end qui évite l’écueil rebattu du « C’est mieux sans te voir ».

 

Le drame n’allait-il pas commencer à cet instant précis ? IRL : « In Real Life »… Mais le théâtre s’éteint, il n’y a plus rien à parler. Il ne reste que cet immense préliminaire à se remémorer – étendu dans la préparation interminable d’une première fois… Comme une répétition ? En écho à la déviation de l’espace de « Pas bouger » (2000), Je t’écris mon amour (dernier texte de Darley publié en janvier chez Actes Sud-Papiers avec Xitation) aura dévié le temps au creux d’une mise en scène à la finesse dramaturgique remarquable.

Victor Inisan, Culture Remains, 22 juillet 2017 | Je t'écris mon amour

Je t’écris mon amour,
l’amour virtuel à distance raconté avec sobriété et profondeur

La mise en scène est sobre. C’est une pièce sans musique ni effet. Je t’écris mon amour est une pièce qui parle d’amour. D’amour à distance. Chacun des deux protagonistes a son couple, sa vie et pourtant ils s’écrivent. Au début, c’est l’homme qui s’adresse au public. Puis c’est elle. Les deux personnages ne se parlent pas l’un l’autre, détail qui accentue la distance. Je t’écris mon amour  montre toute l’ambivalence des amours virtuels, par internet, sur les applications et les réseaux sociaux. D’un côté, l’attirance mutuelle est forte, de l’autre, un blocage naît quand il s’agit d’aller plus loin que de simples SMS. Tout au long de la pièce, ils s’écrivent et se répondent, ont l’envie de se voir en vrai pour la première fois… mais ils craignent ce moment. Appréhension naturelle qui monte et qu’ils surmontent… 

Derrière, en fond de scène, un écran nous fait lire ces SMS, ces messages envoyés virtuellement, la nuit, le jour, de plus en plus fréquemment à leur en faire tourner la tête. Je t’écris mon amour, c’est une pièce sur l’ambiguité des rapports amoureux à distance. Une pièce qui montre que la virtualité en amour n’a qu’un temps, et qu’au final, le fait mourir si cet amour ne s’invite pas dans la vraie vie.

Radio Vinci Autoroutes (107.7 FM), 20 juillet 2017 | Je t'écris mon amour

Jean-Yves Bertrand, revuespectacle.com, 19 juillet 2017 | Je t'écris mon amour

Ils se sont connus professionnellement et, s'appréciant, vont peu à peu développer une relation d'amitié, plus épistolaire que réelle d'ailleurs, n'habitant pas dans la même ville...

Bien sûr, à l'heure du numérique, leurs échanges se feront plutôt par messagerie instantanée ou Facebook, la première étant plus discrète que les messages vocaux... et surtout plus réactive !

Comme quoi, rien de nouveau sous le soleil : les hommes et les femmes trouveront toujours à communiquer...

... peer to peer !

Une illustration enlevée du texte d'Emmanuel Darley, commandé et mis en scène par Jean DE PANGE qui interprète Lui...

 

... et a trouvé en Céline BODIS son Elle parfaite !

Plusdeoff.com, 8 juillet 2017 | Je t'écris mon amour

Téâtre(s) n°9, printemps 2017 | Je t'écris mon amour

Marie du Crest, La Cause Littéraire, 13 mars 2017 | Je t'écris, mon amour

« Et à la fin, l’amour »

 

Les éditions Actes Sud Papiers viennent de réunir et publier, un an après la mort d’Emmanuel Darley, un volume de deux pièces, dont l’amour, le désir constituent la matière primordiale. La fin d’une œuvre ? La lecture accomplie d’un destin littéraire dont le dernier acte, l’ultime geste d’écriture serait ce qui n’a pas pu être dit tout à fait auparavant : la force vitale de la passion amoureuse ? Les deux pièces s’organisent autour de la distribution de deux couples : ELLE ET LUI dans Je t’écris mon amour et la jeune femme, le jeune homme pour Xitation.

 

Il y a dans le titre même de la première pièce, justement, la volonté sans doute de poser la question conjointe d’une écriture dramatique repensée et de son objet. Je t’écris mon amour sans mettre de virgule entre le verbe et « mon amour » montre bien qu’il ne s’agit pas là d’une simple adresse, d’une déclaration à quelqu’un, mais de s’engager dans la révélation du comment écrire cela aujourd’hui, dans un texte contemporain.

 

Emmanuel Darley, en effet, ne se contente pas de réaliser une intrigue sentimentale avec des accessoires « modernes » que seraient un téléphone portable, un clavier d’ordinateur, avec lesquels les deux personnages livreraient leur histoire, mais il met plutôt en œuvre une nouvelle manière d’écrire l’amour au théâtre. Le couple de la femme et de l’homme ; les amants racontent-ils, se racontent-ils ? ou bien peuvent-ils se parler séparément, l’un de l’autre, comme en aparté, relayant le dialogue, les stichomythies (p.10 et 11 pour le premier cas) sur un écran annoncé en didascalie ? Il est question de la « conversation instantanée » soit, comme sur Facebook, mais dans le texte elle fonctionne comme un possible du dialogue, pilier des écritures de théâtre. Le dispositif que Darley élabore s’appuie sur ce qui pourrait faire tirade (Lui au début de la pièce par exemple), mais qui peut tout aussi bien être considéré comme une narration, une écriture de roman, la première de l’auteur et dialogue du virtuel de l’écran. Il faudra d’ailleurs attendre la fin de l’œuvre pour que le dialogue face-à-face du théâtre soit rendu aux deux personnages (p.52).

 

Le verbe écrire est sans doute le Mot de la pièce, l’acte répété des amants « épistolaires » 2.0. Lui d’ailleurs avoue (p.30) :

 

C’est une correspondance, oui, qui fait tourner la tête.

 

La mise en scène de la pièce réalisée par Jean de Page met en évidence ce jeu particulier. Celui de l’écrire qui doit à la fois se dire parce que l’on est devant un public et en même temps montrer que cela n’est qu’écrit. Qu’ELLE ET LUI sont dans l’éloignement de leur vie respective, dans deux villes différentes, avec leur famille. Et que tout l’enjeu, c’est de se rejoindre dans la réalité d’une chambre d’hôtel et dans celle du plateau, en se regardant et en se parlant enfin.

 

On écrit ça

Ont fait l’amour, à distance

Par clavier interposé.

 

Darley construit ainsi une progression parallèle dans ce qui est écrit entre eux : parler et avouer. Les « amis » du début et les amants de la fin. Le « on se connaît voilà » et le tutoiement intime final mais aussi dans les jalons narratifs qu’il utilise : les années des premières rencontres anodines pour le travail de Lui et la chronologie passionnelle du rendez-vous, au terme du texte. Un mois, huit jours et enfin, le jour tant attendu. Le discours amoureux, ses étapes forment l’architecture de la pièce. Tout finit par s’accélérer, les mots deviennent «exaltants » ; le désir du corps de l’autre s’empare des personnages. Les fantasmes nourris de la virtualité finalement prennent forme comme le montrent les deux dernières répliques parfaitement symétriques :

 

LUI – Ce que l’on devinait de loin.

ELLE – Ce que l’on espérait de loin.

 

Le retour en quelque sorte au « réel », à une forme dramatique ancienne (le duo amoureux) est annoncé par UNE VOIX inscrite dans la liste des personnages, voix d’un coryphée célébrant « ceux qui s’aiment dans les hôtels ». Le Lieu à la place du non-lieu d’un écran. Le triomphe de la Scène.

Stéphane Gilbart, Luxemburger Wort, 10 octobre 2016 | Champ de Mines

Julien Barsan, Théâtre du Blog, 22 juin 2016 | Je t'écris mon amour

Un homme, une femme. Ils se connaissent, il vient parfois dans sa ville à elle, pour son travail. Ils se rencontrent, passent un peu de temps ensemble, chez elle, auprès de son mari et de ses enfants. Puis, chacun reprend sa vie,  mais ils restent en contact grâce aux  technologies d’écritures à distance : textos, réseaux sociaux… 
Leurs échanges, amicaux, n’empiètent pas sur la vie de l’autre mais  peu à peu, se font plus réguliers,  et ces êtres pourtant éloignés, se rapprochent. «Je crois que je t’aime bien, lui dit-elle. »
 Lentement mais sûrement, leur relation glisse vers l’amour, sans jamais se concrétiser par un face-à-face qu’ils appellent pourtant de leurs vœux. Leur correspondance prend un tour plus tendre, jusqu’à devenir érotique : ils font l’amour par écrit et ne peuvent plus se passer l’un de l’autre.
Au fil des épisodes de ce récit fragmenté, nous voyons naître une relation, tout en sachant qu’elle aura une fin, heureuse ou malheureuse, quand ils se reverront. L’écriture ciselée et précise d’Emmanuel Darley, auteur du Mardi à Monoprix et du Bonheur, disparu en janvier dernier, s’inscrit dans le dialogue. Avec une économie de mots et de tournures, la pièce obéit à une double dynamique : elle dit l’amour en termes concrets, avec la rapidité propre à la correspondance électronique, anti-littéraire et instantanée par essence. Et elle transcende cette aventure, somme toute banale, en faisant appel à l’imaginaire. Emmanuel Darley va au plus juste et nous mène au-delà des contours concrets de cette relation. 
  Céline Bodis et Jean de Pange resteront assis côte à côte, derrière un grand bureau, à l’exception de quelques déplacements à l’avant-scène. Ils apportent, avec une justesse de ton, ce qu’il faut de légèreté, voire d’humour, pour  permettre au spectateur de souffler. 
Mention spéciale à Jean de Pange qui signe aussi la mise en scène : il incarne un homme un peu emprunté jusque dans son corps, ultra-sensible, mais dans lequel on peut facilement se reconnaître. Sur un écran en fond de scène s’inscrivent les têtes de chapitre et on craint un moment que la vidéo n’occupe une place trop marquée. Mais, comme le veut la pièce, cet écran s’impose comme le transmetteur de leurs émotions et aussi comme une frontière entre eux.  S’y impriment leurs messages, parfois avec la fébrilité de leurs doigts sur le clavier.
  Cette histoire part du banal, pour arriver à l’universel et pose la question de la construction de l’amour à travers les mécanismes du langage. On se demande tout au long de la pièce, s’ils s’aiment vraiment, si leur passion virtuelle et clandestine survivra à l’épreuve du réel et du quotidien. La mise en scène, sobre, respecte la finesse d’écriture d’Emmanuel Darley qui, encore une fois, aura touché juste, au plus près des sentiments humains et de son époque qu’il aura traversée trop vite…

Spectacle vu à l’Étoile du Nord dans le cadre d’On n’arrête pas le théâtre.

Interview : Jean DE PANGE

Même le spectateur qui aurait surconsommé du Molière jusqu’à s’en lasser verrait dans le TARTUFFE joué par la compagnie Astrov, mis en scène par Jean de Pange, une pièce sinon neuve, du moins à redécouvrir de fond en comble. Présentée en diptyque avec DOM JUAN lors du dernier Festival OFF d’Avignon, elle trône tout en haut du classement des meilleures pièces de cette édition. Entretien avec le metteur en scène Jean de Pange. 

 

PLUSDEOFF.com : « Revenons brièvement à l’édition 2014 du Festival OFF d’Avignon où la compagnie Astrov présentait en alternance DOM JUAN et TARTUFFE. J’ai eu l’impression que la troupe avait rencontré un public de connaisseurs qui goûtaient avec beaucoup de finesse ce qui se passait sur scène. Quel bilan tirez-vous du Festival ? ». 

Jean de Pange : « Ça me plaît bien que vous parliez de finesse. Il me semble que oui, nous essayons à notre mesure de travailler avec finesse. Effectivement le spectacle semble avoir trouvé son public cet été à Avignon. C’est une satisfaction. »

 

PLUSDEOFF.com : « Comment vous est venue l’idée, d’abord pour DOM JUAN en 2010, maintenant appliquée à TARTUFFE, d’un dispositif où le public encadre la scène ? »

Jean de Pange : « Le travail initial sur DOM JUAN s’est fait lors d’un laboratoire au CNSAD¹ avec Jean Pierre Vincent il y a quelques années déjà. Mon idée première était de rassembler les spectateurs et les acteurs autour d’une grande table. Un espace de débat en gros. En fait je souhaitais me passer d’espace scénique. Mais bon la table ça s’est avéré compliqué, trop limité, alors j’ai du opté pour un cercle de parole qui peut contenir plus de monde. Dans les répétitions, les acteurs étaient attirés par le centre du cercle. Moi je voulais qu’ils restent assis sur les chaises du cercle, qu’ils restent avec les spectateurs, qu’ils luttent pour obtenir l’attention de tous, qu’ils ne soient pas sur scène. Car après c’est trop facile : on parle, on joue et puis on oublie d’essayer de convaincre. Bien-sûr au bout du compte j’ai perdu la partie, les acteurs se positionnent au centre également mais je dirais que c’est dans cette tension-là que tout le travail s’est fait. Plus tard quand j’ai décidé d’en faire un spectacle, il a fallu adapter ce qui n’était qu’un labo aux contingences d’une production, donc oui par la force des choses le cercle de parole s’apparente aujourd’hui à un dispositif quadrifrontal. Mais le geste est resté exactement le même.

En ce qui concerne TARTUFFE, ça s’est passé lors d’une date de tournée de DOM JUAN. Julien Kosellec —un des comédiens de l’équipe— m’a soufflé l’idée de monter TARTUFFE avec le même groupe. Une sorte de diptyque. Je me souviens avoir immédiatement décidé de le faire —et avec le même dispositif— sans même avoir pris le temps de relire la pièce… Ce n’était ni très prudent ni très sérieux comme approche mais la perspective de monter un spectacle dans un dispositif pensé pour un autre m’excitait pas mal. Et au final on peut dire qu’on a eu de la chance car le quadrifrontal trouve un écho pertinent dans TARTUFFE. Un peu comme si les spectateurs se trouvaient chez Orgon. De témoins dans DOM JUAN, ils deviennent complices dans TARTUFFE. »

 

PLUSDEOFF.com : « Question peut-être provocante : le dispositif scénique minimaliste réduit-il à la portion congrue le rôle du scénographe, ou bien cela amène-t-il ce dernier à développer d’autres aspects de son intervention ? »

Jean de Pange : « Votre question n’est en rien provocante et touche au coeur de notre travail. Je ne voulais pas de scénographie car je cherchais autant que possible à échapper à toute re-présentation de l’oeuvre. Je veux dire, échapper à la nécessité de produire un « discours sur ». Notre volonté est plus de traverser l’oeuvre, d’en jouer, de dialoguer avec elle que de nous l’approprier. Ce n’est pas notre TARTUFFE mais bien TARTUFFE que nous proposons. En montant cette pièce —ce deuxième volet de notre diptyque— j’ai compris que ce qui importe est notre approche globale du plateau, des textes et non spécifiquement le discours que nous pourrions avoir sur telle ou telle oeuvre. Qui plus est lorsque c’est une pièce classique. Ce qui est magnifique avec les grands textes c’est qu’ils ont traversé les époques justement, alors je ne vois pas pourquoi je placerais TARTUFFE dans tel ou tel contexte. Ce serait nécessairement réduire le propos. Je me souviens d’une interview de Vitez sur les costumes de son DOM JUAN, il parlait de la recherche du « costume d’éternité ». Ça m’a beaucoup parlé. Alors oui comment jouer TARTUFFE ou DOM JUAN sans en donner une représentation ? C’est impossible bien-sûr, ne serait-ce que parce que les acteurs s’approprient les personnages. Mais notre volonté était de maintenir à distance le plus possible le diktat de l’esthétisation. C’est le rêve d’une démarche iconoclaste en quelque sorte. Aujourd’hui on définit et distingue les metteurs en scène par leur esthétique. C’est incroyable quand même quand on y pense… On vit dans une société totalement assujettie à l’image. »

 

PLUSDEOFF.com : « Dans votre note de mise en scène de TARTUFFE, vous parlez d’un « acteur responsable », « maître des situations en direct. » Cette méthode de travail serait-elle applicable à des textes où les indications de l’auteur sont très nombreuses, comme chez Feydeau ? »

Jean de Pange : « Je pense, oui. Une fois les indications intégrées, même nombreuses, il reste toujours une grande marge. Dans notre travail nous nous intéressons aux situations. Exclusivement aux situations. Or celles-ci ne sont pas duplicables à l’infini, c’est un peu différent tous les soirs. Aussi j’invite les acteurs à être disponibles à cela et à accepter que le canevas diffère légèrement à chaque représentation. »

 

PLUSDEOFF.com : « Vous intervenez depuis plusieurs années, ainsi que votre assistante à la mise en scène Claire Cahen, auprès de détenus de la maison d’arrêt de Metz. Sur quels textes travaillez-vous avec les détenus, et quels bénéfices tirent-ils de cette expérience ? »

Jean de Pange : « Nous les faisons écrire et/ou improviser principalement. Et puis en fonction de la thématique choisie, on mélange leurs productions avec des extraits de textes contemporains pour la plupart. Mais ici le théâtre est un moyen pour créer un espace de parole et d’échange. En tout cas c’est comme ça que nous envisageons notre travail. Il y a parfois des séances entières où nous ne faisons que parler. C’est tellement lourd parfois. Il y a toujours au final une représentation (parfois hors de la prison). Ce sont des moments d’une intensité inouïe. Je pourrais répéter des centaines d’heures mes spectacles, je ne parviendrais pas à reproduire la moitié de l’intensité présente lors de ces représentations. »

 

PLUSDEOFF.com : « Quels sont les metteurs en scène dont vous suivez le travail ? Quelles pièces vous ont particulièrement intéressé ces dernières années ? »

Jean de Pange : « Thomas Ostermeier, j’avais jamais été fan, mais son formidable LE MARIAGE DE MARIA BRAUN que j’ai vu à Avignon, ça a été une leçon de mise en scène quand même. Beaucoup plus récemment j’ai découvert le travail de Sylvain Creuzevault et j’ai été soufflé. Quel projet ! LE CAPITAL ET SON SINGE, c’est fou quand même. Robert Lepage a toujours été une référence. Surtout ses solos qui sont des spectacles cultes pour moi : LA FACE CACHÉE DE LA LUNE, LE PROJET ANDERSEN. J’ai eu l’occasion de travailler avec Arpad Shilling, après avoir été un spectateur assidu de ses créations, et j’ai été très marqué. Même chose pour le metteur en scène lituanien Eimuntas Nekrosius, ça date déjà un peu mais son OTELLO c’était un choc. »

 

PLUSDEOFF.com : « Quels sont vos projets de mise en scène ? Y a-t-il des pièces que vous rêvez de mettre en scène ? »

Jean de Pange : « MA NOSTALGIE, le prochain spectacle de la compagnie sera créé au mois de mars au Théâtre de l’Ancre à Charleroi. Un doku/drama (comme disent les Allemands) autour de la personnalité singulière du comédien congolais Richard Mahoungou. C’est un spectacle que nous écrivons à plusieurs mains, notamment avec l’auteur Julien Bissila. Nous serons peut-être présents à Avignon en 2015 avec ce spectacle. Il y a aussi un projet avec l’auteur Emmanuel Darley sur les correspondances amoureuses à l’heure du chat. Et puis HAMLET. Peut-être. Si les vents sont bons… »

Propos recueillis par Walter Géhin, PLUSDEOFF.com

Armelle Héliot, L'Avant-Scène Théâtre, 1er juin 2013 (Ma Nostalgie)

Il avait été invité par le Théâtre des Bernardines à Marseille en mars 2010 pour le spectacle Crabe Rouge. Histoire de fantômes, histoire hantée par le souvenir de la guerre civile de Congo-Brazzaville… Richard Adam Mahoungou n'est jamais reparti. Depuis avril 2011, il a le statut de réfugié politique. Avec Jean de Pange, il a mis au point un texte et s'adresse au public assez proche. Fascinant moment où le témoin est aussi acteur, où l'acteur raconte sa propre vie. Une manière de dire l'histoire et les douleurs de l'exil forcé.

Armelle Héliot, L'Avant-Scène Théâtre, 1er juin 2013