Comme si le temps pressait. Première étape de création Espace Bernard-Marie Koltès à Metz, novembre 2016.
Comme si le temps pressait. Première étape de création Espace Bernard-Marie Koltès à Metz, novembre 2016.

Si, avec cette impression permanente de songe dans laquelle je me déplace (Mexico – Managua dans un orage de fin du monde, et le cinéma à côté de ma pension qui titre : El fin del Mundo, con Christopher Lee, ce qui n’a pas été sans réveiller en moi d’étranges émotions), je ne finis pas par accoucher d’une œuvre baroque et scintillante, c’est que je suis bon pour me faire agent d’assurances et pour me marier, enfin – et m’établir à Caen ou à Mezières.

 

Bernard-Marie Koltès,

Managua, le 25 août 1978

(lettre à Evelyne Invernizzi)

La correspondance de Bernard-Marie Koltès s’apparente à une biographie involontaire d’une force littéraire incontestable et d’une grande singularité. Elle constitue en soi un matériau théâtral évident. Davantage un essai scénique qu’une adaptation théâtrale, Comme si le temps pressait compose par delà le caractère épistolaire un monologue en mouvement et à travers les âges de l’auteur.

 

Il s’agit de rendre compte du personnage Koltès tel qu’il transparaît dans ses lettres, en l’habitant parfois mais sans jamais s’y substituer. Oscillant entre conférence et conte, le comédien s’adresse au public, ajoute une anecdote, lit, se glisse un instant dans les pas de Koltès et revient vers nous, brossant un portrait très vivant de l’auteur, de son oeuvre et de son époque. 

 

Dès toutes premières lettres à ses parents en 1954 à celles qui précèdent de peu sa disparition en 1989, c’est l’histoire d’une vie qui est offerte. Et c’est tout à la fois quotidien et sublime. Je remanie ici l’adaptation que nous avions réalisé il y a sept ans pour quinze étudiants de Conservatoire. Cette fois-ci, je me confronte seul à l’exercice et – d’une certaine manière – ose le « je » de l’auteur. Cette « ébauche d’un portrait » est inspirée notamment par l’adaptation scénique que François Berreur avait réalisé du journal de Jean-Luc Lagarce.

 

Jean de Pange

Adaptation et interprétation Jean de Pange | Mise en scène Claire Cahen et Jean de Pange | Collaboration artistique Pauline Collet | Vidéo et son Cédric Colin | Lumière Jeanne Dreyer

La presse, à propos de Lettres

De l’enfant de 7 ans qui écrit un « compliment » à ses parents à l’adulte au plus près de la mort, envoyant une dernière étincelle à son frère sous forme de question sans réponse : « In God we trust, do we ? »... Ce recueil de lettres, de billets et de petits mots, le plus souvent intimes, parfois professionnels, classés chronologiquement, prend peu à peu corps comme le chemin d’une vie. Une vie fulgurante, travaillée par l’impérieuse nécessité d’écrire... pour le théâtre, que celle de Bernard-Marie Koltès, mort du sida [en 1989], alors qu’était venue enfin la reconnaissance (depuis 1983, via Patrice Chéreau et la création de Combat de nègre et de chiens au Théâtre des Amandiers de Nanterre).

Artiste trop tôt fauché pour tant de rencontres à vivre et d’oeuvres à imaginer encore, de manière souvent acharnée, dans la radicalité de la solitude... C’est tout ça, à l’état brut, que le fil d’une plume à l’aise dans la correspondance, tantôt classique et contenue, tantôt drôle et délassée, révèle par morceaux. C’est efficace comme une autobiographie. Et comme une bibliographie. Les deux mêlés. Car on y voit la vie (la douloureuse condition d’écrivain pour celui qui refuse tout autre métier ; l’appétit vorace du voyage, en Afrique ou en Amérique centrale) comme l’oeuvre s’y dérouler pas à pas… […] ce corpus de lettres constitue la matrice indispensable à toute empathie avec son oeuvre, aussi brève qu’intense.

 

Emmanuelle Bouchez, Télérama n°3118 | 14 octobre 2009

Coproduction Astrov / Espace Bernard-Marie Koltès (Metz) ; avec le soutien de l’association Quai Est

 

Comme si le temps pressait - Fiche de diffusion
Astrov - Comme si le temps pressait - Fi
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